
Dépôt de garantie, préavis, frais d’agence, caution : le locataire français connaît ces notions par cœur, souvent à ses dépens. Au Japon, les mêmes mots recouvrent des réalités différentes, et certaines lignes du contrat n’ont tout simplement pas d’équivalent en France. Pour un salarié expatrié, un étudiant en échange ou un investisseur qui s’intéresse au marché locatif japonais, comprendre ces écarts évite de mauvaises surprises au moment de signer.
Ce décryptage compare, rubrique par rubrique, le cadre français et la pratique japonaise, puis propose une méthode pour évaluer le coût réel d’une location.
La durée du bail : deux ans, et un renouvellement qui se paie
En France, la loi du 6 juillet 1989 fixe des durées minimales : trois ans pour une location vide consentie par un bailleur personne physique, un an pour un meublé, neuf mois pour un meublé étudiant.
Au Japon, le contrat standard, appelé futsū shakuya, est généralement conclu pour deux ans et se renouvelle ensuite. Il existe aussi un bail à durée déterminée, le teiki shakuya, qui prend fin à une date fixée sans renouvellement automatique. Ce second format est fréquent pour les logements dont le propriétaire est temporairement absent, ou pour les programmes qui souhaitent garder la main sur la durée d’occupation.
La vraie différence tient au renouvellement. Dans la région de Tokyo, il donne souvent lieu à des frais de renouvellement (kōshinryō), fréquemment de l’ordre d’un mois de loyer. Rien de comparable n’existe en France, où la reconduction du bail n’entraîne aucun paiement.
Le dépôt de garantie : un cousin proche, le shikikin
Le shikikin est l’équivalent le plus direct du dépôt de garantie. Il est versé à la signature, sert à couvrir les impayés et les éventuelles remises en état, puis est restitué, déduction faite des frais justifiés.
L’écart porte sur le montant. En France, le dépôt est plafonné à un mois de loyer hors charges pour une location vide et à deux mois pour un meublé. Au Japon, il n’existe pas de plafond légal équivalent, et le shikikin représente couramment un à deux mois de loyer. Certains logements en sont toutefois dispensés, notamment pour attirer les locataires.
Le reikin : la ligne qui n’a pas d’équivalent français
Le reikin, souvent traduit par « key money », est un versement non remboursable au propriétaire, à titre de remerciement. Il représente généralement un à deux mois de loyer. Il ne faut pas le confondre avec le pas-de-porte, qui relève en France de l’immobilier commercial : le reikin concerne bien les logements d’habitation.
Cette pratique, héritée de la pénurie de logements de l’après-guerre, recule. Les annonces « zéro reikin » sont désormais courantes, en particulier dans les immeubles récents et les logements destinés aux étrangers. Elle reste cependant suffisamment répandue à Tokyo pour peser sur le budget d’entrée.
Les frais d’agence : un plafond, mais à la charge du locataire
Depuis la loi ALUR, les honoraires de location en France sont partagés entre bailleur et locataire, et la part du locataire est plafonnée par mètre carré selon la zone.
Au Japon, la commission de l’agence est limitée par la loi à un mois de loyer, hors taxe sur la consommation. Dans la pratique, c’est souvent le locataire qui la règle en totalité. Certaines agences proposent des frais réduits de moitié, voire nuls, ce qui constitue un critère de comparaison à part entière.
La caution : la société de garantie remplace le proche
En France, le locataire présente souvent une caution personnelle, un parent par exemple, ou recourt au dispositif Visale d’Action Logement.
Au Japon, le garant personnel existe toujours, mais la norme est devenue la société de garantie de loyer (hoshō gaisha). Elle examine le dossier (employeur, revenus, statut de résidence, contact d’urgence) et s’engage auprès du propriétaire en cas d’impayé. Le service est payant : fréquemment entre la moitié et la totalité d’un mois de loyer à l’entrée, puis une somme annuelle. Pour un ressortissant étranger sans réseau sur place, c’est souvent la seule voie praticable. Ce guide de la location d’un appartement au Japon détaille les étapes de l’examen du dossier et les pièces généralement demandées aux candidats étrangers.
Le préavis et la sortie
En France, le locataire d’un logement vide donne en principe un préavis de trois mois, réduit à un mois en zone tendue ; il est d’un mois pour un meublé.
Au Japon, le préavis est fixé par le contrat et s’établit souvent à un mois. La sortie obéit au principe du genjō kaifuku, la remise en état : le locataire supporte les dégradations qui dépassent l’usage normal. Le ministère japonais des Infrastructures publie des lignes directrices qui distinguent l’usure normale, à la charge du bailleur, des dommages imputables au locataire, et le gouvernement métropolitain de Tokyo a adopté des règles pour mieux encadrer ces litiges. L’esprit rappelle la grille de vétusté française, même si la procédure diffère : un état des lieux photographié à l’entrée reste la meilleure protection.
Les critères techniques : moins de DPE, plus de sismique
En France, le diagnostic de performance énergétique est devenu central : les logements classés G sont progressivement exclus du marché locatif depuis 2025.
Au Japon, le critère technique qui revient le plus souvent chez les locataires avertis est la date de construction au regard de la norme parasismique entrée en vigueur en juin 1981, dite shin-taishin. Un immeuble autorisé après cette date répond à des exigences nettement renforcées. L’isolation, elle, reste inégale : dans les bâtiments anciens, le simple vitrage et le chauffage par climatiseur réversible pièce par pièce rendent l’hiver plus frais à l’intérieur que ne le laisse penser le climat.
Tableau récapitulatif
| Poste | France | Japon |
| Durée du bail | 3 ans (vide), 1 an (meublé) | 2 ans en général, renouvelable |
| Dépôt de garantie | 1 mois (vide), 2 mois (meublé) | 1 à 2 mois, sans plafond légal équivalent |
| Versement non remboursable | Aucun | Reikin, souvent 0 à 2 mois |
| Frais d’agence | Partagés, plafonnés au m² | Jusqu’à 1 mois hors taxe, souvent pour le locataire |
| Garantie | Caution personnelle ou Visale | Société de garantie payante |
| Renouvellement | Gratuit | Frais fréquents, environ 1 mois à Tokyo |
| Préavis du locataire | 1 à 3 mois selon le cas | Souvent 1 mois, selon le contrat |
Calculer le coût réel d’une location
Additionnées, ces lignes aboutissent à un budget d’entrée qui atteint couramment quatre à six mois de loyer. Pour comparer deux logements, la méthode la plus fiable consiste à raisonner sur la durée totale d’occupation prévue :
- Additionner tous les frais d’entrée non remboursables : reikin, frais d’agence, société de garantie, assurance, changement de serrure.
- Ajouter les frais de renouvellement si le séjour dépasse deux ans, et les charges mensuelles de gestion (kanrihi), affichées à part du loyer.
- Diviser le total par le nombre de mois d’occupation prévus, puis l’ajouter au loyer mensuel.
Un logement au loyer légèrement plus élevé mais sans reikin ni frais d’agence peut ainsi s’avérer moins cher, sur deux ans, qu’une offre d’apparence plus attractive.
Tokyo n’est pas le seul marché
Les candidats à l’expatriation pensent spontanément à Tokyo. Osaka, deuxième pôle économique du pays, offre pourtant un marché locatif dense, un réseau de transports étendu et des loyers généralement plus accessibles que dans le centre de la capitale. Comparer les annonces des deux villes avant le départ donne une idée précise des écarts de prix et des typologies proposées.
Quelle que soit la ville, les étapes restent les mêmes : recherche, visite, candidature, examen du dossier, signature, puis remise des clés.
En résumé
Le locataire français qui aborde le marché japonais dispose d’un avantage : il sait déjà lire un bail et se méfier des lignes en petits caractères. Il lui reste à accepter que certaines notions familières changent d’échelle, et que d’autres, comme le reikin ou les frais de renouvellement, n’ont pas de traduction. En raisonnant sur le coût total plutôt que sur le seul loyer, la comparaison devient claire, et la signature beaucoup plus sereine.
Et pour ceux qui envisagent de s’installer durablement, une autre question finit souvent par se poser : continuer à louer ou acheter une maison au Japon ? Les étrangers peuvent y acquérir un bien, mais frais d’acquisition, fiscalité et financement obéissent, là aussi, à des règles bien différentes de celles du marché français.





